Shérézade ou de nouveaux symboles.

Il est plaisant et amusant de faire deviner à son interlocuteur son origine. Cette sensation drôle est à double-tranchant, l’imagination de l’autre étant souvent débordante mais souvent aussi chargée de préjugés. Les sourcils se froncent, les yeux se plissent à la recherche d’indices sur un visage comme sur une carte du monde. Tout un flot d’images et de musique bercent ses pensées alors qu’il essaie de deviner mais n’ose pas partager ses idées qui vagabondent d’un continent à l’autre.

Ce flou nous permet d’être nous-mêmes de garder une discussion superficielle, de laisser la porte ouverte à toutes les vies que nous aurions aimé vivre, à toutes les personnes que nous aurions aimé rencontrer. Ce moment ne durera que quelques minutes. Il sera brisé dès l’instant où l’on nous demandera notre prénom. Un prénom aux sonorités délicieusement arabo-orientales que nos parents nous ont fièrement choisis pour nous transmettre un patrimoine. Dès cet instant, tout ce que nous aurions pu être précédemment disparaîtra au profit d’un imaginaire de clichés. Nous ne sommes plus ce que ce nous sommes mais nous sommes ce qu’une personne Arabe ou d’origine Arabe doit être. Les suppositions commencent à envahir l’esprit de l’interlocuteur, Ali Baba, la princesse Yasmine et aujourd’hui d’autres personnages aux récits bien plus sombres. Les jeunes filles et femmes sont immédiatement reléguées au statut de la soumission. Les hommes se retrouvent dans le rôle d’abuseurs psychologiques ou manipulateurs.

La suite de la conversation sera toujours sur les droits mais surtout les devoirs fantasmés de la femme : que pensent ses parents de sa tenue ; est-elle obligée de se marier à un homme de la même origine et, plus récemment, quelle est notre position vis-à-vis du terrorisme ? L’ensemble de ces questions (et d’autres non énoncées ici) relèvent de la sphère privée et soulignent le caractère discriminatoire de nos origines. L’image de la langue et de la culture Arabe est négativement biaisée au détriment de leur immense beauté et richesse. Le passé du monde Arabe permet aux jeunes générations d’origine Arabe de se sentir fières d’y appartenir et de développer leur double identité dont le futur sera l’émergence d’une multiculturalité positive et épanouie.

Il est donc essentiel de se désolidariser de toutes les hypothèses néfastes et suppositions négatives engendrées par notre prénom. Il est temps d’investir dans des générations multiculturelles pour changer les mentalités. Car s’il est inévitable d’être assimilés au groupe auquel les autres jugent que nous appartenons il faut être soit conscient de son libre-arbitre et du contrôle que l’on a sur son avenir, les deux étant proportionnels au niveau d'instruction. L’avenir s’écrira ensemble avec de nouvelles clefs et de nouveaux symboles. Il est impératif d’inclure les personnes d’origine étrangère dans le récit national. Ces individus s’investissent dans le pays et développent cette nouvelle culture commune enrichissante.

L’augmentation de la visibilité de role-models bénéficiant de cette double-identité qui communiquent autour de leurs histoires professionnelles positives permettra de créer un climat de confiance et d’inciter à l’investissement personnel vers l’excellence en déclenchant une opportunité nouvelle d’identification. Les role-models inspirent et génèrent un cercle vertueux encourageant les individus à développer leurs talents et à en faire émerger le potentiel. L'initiative fédératrice de la remise des prix des Diwan Awards est un de ces formidable outil à destination des plus jeunes générations qui met en lumière de nombreux talents issus de la diversité. La majorité des jeunes issus de la diversité se limitent à leurs réseaux familiaux et négligent l’importance de s’ouvrir à d’autres réseaux. Les role-models et la mise en valeur de leurs réseaux encouragent aussi ces jeunes à accroître leur capital social en les aidant à combler leur retard. L’influence des role-models incitera les jeunes à s’investir par la méritocratie. Être conscient de maîtriser son avenir par l’instruction et la formation nous évite d’être tenté de se cacher derrière une forme de victimisation. La victimisation, bien tentante, pousse à l'inaction... ou à l'action déviante.

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